# Forêts durables et bois énergie : un équilibre à préserver
La transition énergétique française repose largement sur les énergies renouvelables, et le bois énergie occupe aujourd’hui une place prépondérante dans ce dispositif. Avec 7 millions de logements français chauffés au bois et une contribution de 70% à la production d’énergie renouvelable domestique, cette ressource naturelle représente un pilier incontournable de la stratégie bas-carbone nationale. Pourtant, cette exploitation intensive soulève des interrogations cruciales : comment garantir que les prélèvements forestiers destinés à la production énergétique ne compromettent pas la santé de nos écosystèmes forestiers ? La France, qui vise la neutralité carbone d’ici 2050, doit impérativement trouver le point d’équilibre entre préservation des forêts comme puits de carbone naturels et valorisation du bois comme alternative aux énergies fossiles. Cette problématique complexe implique une gestion forestière rigoureuse, une réglementation adaptée et une compréhension fine des impacts environnementaux de chaque pratique sylvicole.
Certification PEFC et FSC : garanties de gestion forestière durable en france
Les certifications forestières constituent aujourd’hui le principal mécanisme de garantie pour une exploitation forestière respectueuse des équilibres écologiques. En France, deux organismes de certification dominent le paysage : PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) et FSC (Forest Stewardship Council). Ces labels internationaux assurent que la gestion forestière répond à des critères stricts de durabilité, couvrant les dimensions environnementales, sociales et économiques. Actuellement, plus de 8,5 millions d’hectares de forêts françaises sont certifiés PEFC, représentant environ 55% de la surface forestière totale, tandis que la certification FSC couvre environ 80 000 hectares, principalement concentrée sur certaines forêts domaniales gérées par l’ONF.
Critères d’attribution du label PEFC pour les propriétaires forestiers français
L’obtention de la certification PEFC implique le respect d’un cahier des charges exhaustif qui encadre toutes les pratiques sylvicoles. Les propriétaires forestiers doivent démontrer qu’ils maintiennent ou augmentent la surface forestière, qu’ils préservent la biodiversité par le maintien d’arbres morts et d’îlots de vieillissement, et qu’ils limitent l’usage des produits phytosanitaires. Le processus de certification exige également la mise en place d’un document de gestion durable pour les forêts de plus de 25 hectares, détaillant les interventions prévues sur plusieurs décennies. Les audits réguliers vérifient la conformité aux pratiques déclarées, avec une attention particulière portée à la régénération naturelle, à la diversification des essences et à la protection des sols contre le tassement lors des exploitations mécanisées.
Traçabilité de la chaîne de contrôle FSC du massif au granulé
La certification FSC se distingue par son exigence de traçabilité complète, depuis la forêt jusqu’au produit final. Cette chaîne de contrôle garantit que le bois provient bien de forêts gérées durablement et non de zones protégées ou de forêts exploitées illégalement. Pour le bois énergie, cette traçabilité s’applique aux plaquettes forestières comme aux granulés de bois, chaque acteur de la filière devant être certifié : le sylviculteur, le transporteur, le transformateur et le distributeur. Ce système permet d’identifier précisément l’origine géographique du bois et de vérifier que les pratiques d’exploitation respectent les normes FSC, notamment concernant
le respect des habitats naturels sensibles, la limitation des coupes rases et la consultation des parties prenantes locales. Pour un granulé de bois certifié FSC, le consommateur a ainsi la garantie que chaque étape – de l’arbre au sac de granulés – a été auditée, documentée et conforme aux exigences internationales de gestion forestière durable et de respect des travailleurs.
Différences entre certification forestière et certification des produits bois énergie
Il est essentiel de distinguer la certification forestière, qui porte sur la gestion du massif, de la certification des produits bois énergie, qui concerne le combustible livré au consommateur. Les labels PEFC et FSC s’appliquent d’abord aux forêts : ils évaluent la manière dont la ressource bois est produite, régénérée et protégée. En parallèle, des certifications spécifiques comme ENplus ou NF Biocombustibles solides encadrent la qualité des granulés et des plaquettes, notamment en termes d’humidité, de pouvoir calorifique et de taux de cendres.
Concrètement, une chaufferie collective peut utiliser des plaquettes certifiées « chaîne de contrôle PEFC » sans que le produit final – la chaleur – fasse lui-même l’objet d’un label. L’inverse est aussi possible : un granulé peut être certifié ENplus pour sa qualité de combustion, sans que son origine forestière soit garantie durable. Pour un réseau de chaleur ou un particulier soucieux de limiter son impact, l’enjeu est donc double : privilégier à la fois un combustible certifié sur le plan environnemental (PEFC/FSC) et performant sur le plan énergétique (ENplus, NF).
Couverture géographique des forêts certifiées en Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine
La répartition des forêts certifiées en France n’est pas homogène, et certaines régions jouent un rôle clé dans l’approvisionnement en bois énergie durable. En Auvergne-Rhône-Alpes, près de deux tiers de la surface forestière est aujourd’hui engagée dans une démarche PEFC, avec une forte présence de résineux (douglas, épicéa, sapin) qui alimentent à la fois le bois d’œuvre et les filières de plaquettes forestières. Cette région de montagne et de piémont est au cœur du développement des réseaux de chaleur bois, notamment dans les vallées alpines et les agglomérations comme Grenoble ou Chambéry.
En Nouvelle-Aquitaine, la certification couvre une grande partie du massif des Landes de Gascogne, mais aussi des forêts feuillues du Limousin et du Périgord. La structuration historique de la filière bois, la présence de grandes propriétés forestières et l’implantation d’industries du bois expliquent ce taux de certification élevé. Pour les projets de chaufferies biomasse, cette couverture géographique permet de sécuriser un approvisionnement local en bois énergie certifié, tout en limitant les distances de transport – un paramètre crucial pour conserver un bon bilan carbone du bois énergie.
Sylviculture adaptée et cycles de coupe pour la production de bois énergie
Produire du bois énergie dans le respect des équilibres forestiers suppose d’adapter les techniques de sylviculture et les cycles de coupe. Toutes les parcelles ne se prêtent pas aux mêmes modes de gestion, et tous les bois ne sont pas destinés aux mêmes usages. L’enjeu, pour les forestiers, est de hiérarchiser les usages : réserver les plus beaux arbres au bois d’œuvre à longue durée de vie, tout en valorisant les sous-produits, les éclaircies et certains peuplements dédiés en bois énergie. Comment concilier rendement, biodiversité et résilience au changement climatique dans ces systèmes de production ?
Taillis à courte rotation (TCR) de saules et peupliers : rendements et rotations optimales
Les taillis à courte rotation (TCR) de saules et de peupliers constituent une option intéressante pour produire du bois énergie rapidement, sur des cycles de 2 à 8 ans. Implantés le plus souvent sur des terres agricoles marginales ou peu productives, ces peupleraies de biomasse sont récoltées en coupe rase mécanique, puis repartent de souche grâce à leur capacité de rejettement. Selon les conditions de sol et de climat, les rendements peuvent atteindre 8 à 12 tonnes de matière sèche par hectare et par an, ce qui en fait une filière de bois énergie très productive.
Pour autant, ces systèmes intensifs doivent être encadrés pour éviter les dérives : appauvrissement des sols, banalisation paysagère, pression accrue sur la ressource en eau. Les bonnes pratiques recommandent de maintenir des haies et des bandes enherbées, de limiter l’usage d’intrants et d’alterner les cycles de TCR avec d’autres cultures ou périodes de jachère. Pour un exploitant agricole, l’intérêt d’un TCR de saules ou de peupliers réside dans la diversification des revenus, à condition d’anticiper les débouchés en plaquettes forestières et de contractualiser avec une chaufferie ou un réseau de chaleur local.
Éclaircie précommerciale dans les peuplements de douglas et d’épicéa
Dans les peuplements de douglas et d’épicéa, la production de bois énergie s’insère souvent dans le cadre d’une sylviculture classique de résineux. Les premières éclaircies, dites précommerciales, interviennent lorsque les arbres sont encore de faible diamètre et ne présentent pas une valeur suffisante pour le bois d’œuvre. Plutôt que de laisser ces bois au sol ou de les abandonner, ils peuvent être valorisés sous forme de plaquettes forestières destinées aux chaufferies collectives. Cette approche permet de financer en partie les travaux sylvicoles, tout en améliorant la qualité du peuplement futur.
Techniquement, l’éclaircie précommerciale doit rester raisonnée : il s’agit de réduire la densité pour favoriser la croissance des plus beaux sujets, sans déstabiliser le peuplement ni exposer excessivement le sol à l’érosion. Un passage trop brutal, ou répété à un rythme trop rapide, peut fragiliser la forêt face aux tempêtes ou aux sécheresses. En revanche, lorsque la densité et le calendrier sont adaptés, ces interventions concilient production de bois d’œuvre de qualité à moyen terme et production régulière de bois énergie à court terme.
Exploitation des rémanents forestiers après coupe rase en chênaie-hêtraie
Après une coupe rase en chênaie-hêtraie, les rémanents forestiers – cimes, branches, bois tordus – représentent un gisement de biomasse important pour le bois énergie. Leur récolte sous forme de plaquettes est tentante, notamment dans un contexte de forte demande énergétique. Pourtant, ces rémanents jouent un rôle écologique majeur : ils contribuent au recyclage des nutriments, à la protection du sol contre l’érosion, et offrent un habitat indispensable à de nombreuses espèces saproxyliques et fongiques. Retirer l’intégralité de cette biomasse reviendrait à priver la forêt de son « capital organique » pour les décennies à venir.
Les recommandations actuelles privilégient donc une approche prudente : ne récolter qu’une partie des rémanents, en laissant systématiquement les bois de plus gros diamètre et des andains de branches sur place. Cette « récolte partielle » permet de concilier valorisation énergétique et maintien des fonctions écologiques du bois mort. Dans les secteurs sensibles, à sols pauvres ou pentus, il est souvent préférable de renoncer à l’exportation de rémanents et de concentrer l’effort de bois énergie sur d’autres parcelles moins fragiles.
Impact du prélèvement de biomasse sur la régénération naturelle des essences nobles
Le prélèvement intensif de biomasse, qu’il s’agisse de bois de faible diamètre, de souches ou de rémanents, peut avoir des conséquences sourdes mais durables sur la régénération naturelle des essences nobles comme le chêne sessile, le hêtre ou le charme. En diminuant la quantité de matière organique retournée au sol, on limite l’apport en nutriments et l’amélioration de la structure du sol, éléments indispensables à l’installation des jeunes plants. De plus, la disparition de micro-habitats (branches au sol, souches, mousses) peut réduire la diversité des champignons mycorhiziens, alliés essentiels de la croissance des semis.
Pour préserver la capacité de la forêt à se régénérer naturellement, les forestiers recommandent de maintenir un niveau minimal de bois mort et de litière, et d’éviter les prélèvements de souches sauf cas très particuliers (par exemple en zone à risque sanitaire avéré). On peut comparer cette réserve organique à un compte épargne : si l’on retire trop de biomasse année après année, on entame le capital, et la forêt finit par manquer de ressources pour se renouveler. À l’inverse, en acceptant de laisser une part significative de la biomasse sur place, on sécurise la production future d’essences nobles tout en préservant la fertilité à long terme.
Combustion du bois énergie et efficacité énergétique des installations
La performance environnementale du bois énergie ne dépend pas seulement de la forêt, mais aussi de la manière dont le combustible est brûlé. Une combustion complète, à haute température, avec un bon réglage d’air, permet de maximiser le rendement énergétique tout en limitant les émissions de polluants atmosphériques. À l’inverse, un poêle ancien mal utilisé ou une chaudière collective mal réglée peuvent transformer une énergie renouvelable en source importante de particules fines et de composés organiques volatils.
Dans le secteur domestique, le renouvellement des appareils joue un rôle majeur : un poêle labellisé Flamme Verte 7 étoiles ou équivalent émet jusqu’à dix fois moins de particules qu’une cheminée ouverte, pour la même quantité de chaleur produite. Pour les collectivités et les industriels, l’enjeu réside dans la conception et l’exploitation des chaufferies biomasse : dimensionnement adapté, systèmes de filtration des fumées performants (cyclones, filtres à manches, électrofiltres), et maintenance régulière. Une chaudière surdimensionnée qui fonctionne en régime ralenti se comportera un peu comme une voiture coincée en ville : elle consommera plus et polluera davantage que sur un trajet bien linéaire à vitesse stabilisée.
Bilan carbone de la filière bois énergie : séquestration versus émissions
Le débat sur le bilan carbone du bois énergie est souvent résumé à une formule simple : le CO₂ émis lors de la combustion a été préalablement capté par l’arbre, le bilan serait donc neutre. En réalité, l’analyse est plus subtile. Il faut tenir compte du temps nécessaire à la forêt pour reconstituer le stock de carbone, des émissions liées aux opérations sylvicoles, au transport, à la transformation du bois, ainsi que des scénarios alternatifs (ce qui se passerait si le bois restait en forêt ou était utilisé en bois d’œuvre). C’est précisément ce que propose la méthodologie du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) à travers le calcul des stocks et des flux de carbone forestier.
Calcul du stock de carbone forestier selon la méthodologie GIEC
La méthodologie GIEC distingue plusieurs réservoirs de carbone dans un écosystème forestier : la biomasse vivante (troncs, branches, racines), la biomasse morte (bois mort sur pied et au sol), la litière et la matière organique des sols. Pour chacun de ces compartiments, les forestiers estiment la quantité de carbone stockée, en tonnes de carbone par hectare, et son évolution dans le temps. Les inventaires forestiers nationaux, comme ceux de l’IGN, fournissent les données de base : volumes de bois, densités, types d’essences, âge des peuplements, taux de mortalité.
À partir de ces données, on applique des facteurs de conversion (par exemple, une tonne de matière sèche de bois contient environ 0,5 tonne de carbone) pour calculer les stocks. Les flux annuels – croissance, récolte, mortalité, décomposition – permettent de connaître le rôle net de la forêt : est-elle un puits de carbone (stockage net) ou une source (émission nette) ? Ce cadre méthodologique est indispensable pour évaluer l’impact réel de la filière bois énergie. Si les prélèvements dépassent durablement l’accroissement biologique et que la forêt souffre de dépérissements massifs, le puits de carbone se réduit et le bénéfice climatique du bois énergie diminue.
Émissions de particules fines PM2.5 et PM10 des chaufferies collectives
Au-delà du CO₂, la combustion du bois énergie génère des particules fines PM2.5 et PM10, des oxydes d’azote (NOx) et d’autres polluants atmosphériques. Les chaufferies collectives et industrielles sont soumises à un encadrement réglementaire strict en France, avec des valeurs limites d’émission définies par la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Grâce aux systèmes de dépoussiérage modernes, une chaufferie bien conçue peut présenter des émissions de particules par kilowattheure produite nettement inférieures à celles d’un parc diffus de poêles individuels anciens.
Les filtres à manches, en particulier, permettent de capturer plus de 99 % des particules, ramenant les concentrations en sortie de cheminée à quelques milligrammes par mètre cube. Cependant, ces performances supposent une maintenance rigoureuse, un combustible de qualité (granulés ou plaquettes sèches et homogènes) et un pilotage précis des paramètres de combustion. Pour les collectivités, le choix d’une chaufferie biomasse performante, bien équipée en traitement des fumées, est un levier déterminant pour concilier développement du bois énergie et amélioration de la qualité de l’air local.
Temps de retour carbone pour les chaudières biomasse industrielles
Le « temps de retour carbone » d’une chaudière biomasse industrielle correspond à la durée nécessaire pour que les émissions cumulées de la filière (exploitation, transport, combustion) soient compensées par le carbone à nouveau stocké dans la forêt. Ce temps de retour dépend de nombreux paramètres : type d’essences, âge des peuplements, intensité des prélèvements, scénario de référence (gaz naturel, fioul, charbon), distance de transport, etc. Pour une chaufferie alimentée en plaquettes issues d’éclaircies locales, dans une forêt en croissance, ce temps de retour peut être de l’ordre de quelques années à quelques décennies.
En revanche, si l’on substitue brutalement du bois à une énergie fossile dans une région où les forêts sont déjà fragilisées et peu dynamiques, le temps de retour peut s’allonger significativement. On peut l’imaginer comme un emprunt carbone : plus on prélève dans une forêt en difficulté, plus la « dette » est longue à rembourser. C’est pourquoi les scénarios bas-carbone recommandent de concentrer le développement du bois énergie sur les gisements à faible temps de retour carbone : sous-produits de scierie, déchets de bois, éclaircies nécessaires à la bonne santé des peuplements, plutôt que sur des coupes dédiées dans des forêts vieillissantes et peu résilientes.
Comparaison ACV entre granulés de bois et plaquettes forestières
L’analyse de cycle de vie (ACV) permet de comparer objectivement granulés de bois et plaquettes forestières du point de vue de leurs impacts environnementaux, de l’extraction à la combustion. Les granulés présentent l’avantage d’une forte densité énergétique, d’une homogénéité et d’une facilité de stockage et d’automatisation. En contrepartie, leur production nécessite un surcroît de transformation (broyage fin, séchage, pressage), donc davantage d’énergie grise. Les plaquettes, moins transformées, ont un meilleur bilan énergétique intrinsèque, mais leur faible densité volumique et leur sensibilité à l’humidité augmentent les besoins en transport et en stockage.
Les études ACV montrent généralement que, pour un même usage (par exemple une chaufferie collective locale), les deux combustibles peuvent présenter des bilans carbone proches, à condition de limiter les distances de transport et d’utiliser des procédés de séchage performants. Le choix se fait alors davantage sur des critères techniques et logistiques : puissance de l’installation, continuité d’approvisionnement, disponibilité de coproduits industriels, contraintes de silo. Pour un particulier, le granulé de bois issu de sciures locales et certifié durable apparaît souvent comme un bon compromis entre confort d’usage, efficacité énergétique et impact climatique maîtrisé.
Réglementation française et européenne encadrant l’exploitation forestière énergétique
L’essor du bois énergie ne repose pas uniquement sur la volonté des acteurs de la filière ; il est aussi encadré par un corpus réglementaire dense, à l’échelle européenne comme nationale. Directives européennes sur les énergies renouvelables, code forestier, plans nationaux de gestion forestière et dispositifs d’aides structurent le développement de cette énergie. L’objectif est clair : favoriser la contribution du bois énergie à la transition énergétique, tout en évitant une surexploitation de la ressource forestière et une dégradation des écosystèmes.
Directive RED II et critères de durabilité pour les bioénergies solides
La directive européenne RED II (Renewable Energy Directive II) fixe le cadre de développement des énergies renouvelables à l’horizon 2030, en incluant des critères de durabilité pour les bioénergies solides et gazeuses. Pour le bois énergie, cette directive impose que la biomasse utilisée pour la production de chaleur et d’électricité respecte des exigences de gestion forestière durable, de protection de la biodiversité et de suivi des émissions de gaz à effet de serre. Les États membres doivent s’assurer que les installations au-dessus d’un certain seuil de puissance démontrent la conformité de leurs approvisionnements à ces critères.
En pratique, la directive RED II encourage fortement le recours aux certifications reconnues (PEFC, FSC ou schémas équivalents) pour prouver la durabilité de la biomasse forestière. Elle impose également des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre par kilowattheure produit, en prenant en compte l’ensemble de la chaîne logistique. Pour les porteurs de projets de chaufferies biomasse, cela signifie qu’il ne suffit plus de remplacer une chaudière fioul par une chaudière bois : il faut documenter l’origine de la ressource, maîtriser les distances de transport et optimiser le rendement de l’installation pour rester dans les clous réglementaires.
Plans de gestion forestière obligatoires selon le code forestier français
En France, le Code forestier encadre strictement la gestion des forêts publiques et privées. Les propriétés privées de plus de 25 hectares d’un seul tenant doivent disposer d’un document de gestion durable, soumis à l’approbation du Centre régional de la propriété forestière (CRPF). Ce document, qu’il s’agisse d’un plan simple de gestion (PSG) ou d’un règlement type de gestion, programme sur 10 à 20 ans les coupes, les travaux sylvicoles, les plantations et les mesures de protection. Les forêts publiques, quant à elles, sont gérées par l’ONF sur la base de documents d’aménagement établis pour une durée de 15 à 20 ans.
Ces plans de gestion forestière constituent la colonne vertébrale d’une exploitation raisonnée : ils garantissent que les prélèvements de bois, y compris pour le bois énergie, restent inférieurs à l’accroissement biologique, et que la diversité des essences et des structures forestières soit maintenue. Pour un propriétaire qui souhaite développer un débouché bois énergie, le passage par un document de gestion approuvé est donc non seulement une obligation légale au-delà d’un certain seuil de surface, mais aussi une opportunité d’inscrire son projet dans une vision à long terme, compatible avec la fonction de puits de carbone de sa forêt.
Objectifs du PNFB 2016-2026 pour le développement du bois énergie
Le Programme national de la forêt et du bois (PNFB) 2016-2026 fixe les grandes orientations de la politique forestière française. Il identifie le bois énergie comme un levier majeur de la transition énergétique, tout en rappelant la nécessité de préserver les fonctions écologiques et sociales de la forêt. Parmi ses objectifs, on trouve l’augmentation de la mobilisation du bois, notamment dans les forêts privées peu exploitées, la structuration des filières locales de bois énergie, et la promotion des usages à longue durée de vie (construction, ameublement) pour maximiser le stockage de carbone.
Le PNFB insiste également sur l’importance d’adapter les forêts au changement climatique en diversifiant les essences, en favorisant les régénérations naturelles et en anticipant les risques (incendies, sécheresses, maladies). Le développement du bois énergie doit s’inscrire dans cette logique d’adaptation : valoriser les bois de crise issus de dépérissements, soutenir économiquement la gestion active des peuplements, mais sans pousser à une intensification des prélèvements qui mettrait en péril le puits de carbone forestier. Pour les acteurs de terrain, le PNFB sert de boussole stratégique, traduite ensuite dans les documents régionaux comme les PRFB (Programmes régionaux de la forêt et du bois).
Biodiversité forestière menacée par l’intensification des prélèvements ligneux
L’augmentation de la demande en bois énergie fait peser un risque réel sur la biodiversité forestière si elle n’est pas accompagnée de garde-fous solides. En cherchant à valoriser chaque mètre cube de bois, on peut être tenté de « nettoyer » trop systématiquement les parcelles : retrait des rémanents, réduction du bois mort, coupes plus fréquentes et plus homogènes. Or, cette hétérogénéité structurelle – gros et petits arbres, vieux et jeunes, vivants et morts – est précisément ce qui fait la richesse biologique d’une forêt. Comment éviter que la forêt ne devienne une simple « usine à biomasse » ?
Préservation des îlots de sénescence et du bois mort en forêt domaniale
En forêt domaniale, gérée par l’ONF, la préservation de la biodiversité passe notamment par la mise en place d’îlots de sénescence et de réserves biologiques. Ces îlots, laissés en libre évolution, sont exclus de toute exploitation forestière, y compris pour le bois énergie. Ils permettent à certains arbres d’atteindre des âges très avancés, de dépérir naturellement et de se transformer en bois mort sur pied ou au sol. Ce continuum de vieillissement offre un habitat irremplaçable pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de chauves-souris, de champignons et d’insectes saproxyliques.
Le maintien de volumes significatifs de bois mort, y compris en dehors des îlots de sénescence, est également intégré dans les cahiers des charges de gestion durable (PEFC, FSC). Plutôt que de considérer le bois mort comme un « gaspillage » de ressource énergétique, il s’agit de le voir comme un investissement écologique : un gisement de biodiversité et un levier de résilience des forêts face au changement climatique. Dans un contexte de hausse des prélèvements pour l’énergie, ces zones de quiétude écologique jouent le rôle de refuges, un peu comme des réserves marines au sein d’un océan plus exploité.
Impact de l’exportation des rémanents sur les populations de coléoptères saproxyliques
Les coléoptères saproxyliques, ces insectes dépendant du bois mort pour tout ou partie de leur cycle de vie, sont particulièrement sensibles à l’exportation massive des rémanents. Nombre d’entre eux, parfois très spécialisés, se développent dans les branches en décomposition, les souches, les troncs tombés au sol. Lorsque ces habitats sont systématiquement retirés pour alimenter la filière bois énergie, leurs populations chutent, avec un effet domino sur la chaîne alimentaire (oiseaux insectivores, chauves-souris, microfaune du sol).
Les études écologiques montrent qu’il existe un seuil minimal de volume de bois mort à maintenir à l’hectare pour conserver ces communautés d’insectes. Les forestiers peuvent donc adapter leurs pratiques : laisser des tas de branches non récoltées, conserver des chandelles (troncs morts sur pied) lors des coupes, limiter l’exportation de bois de petit diamètre dans les zones à forte valeur patrimoniale. Pour la filière bois énergie, accepter de renoncer à une partie du gisement de biomasse, au profit de la biodiversité, est une condition nécessaire pour rester crédible comme solution réellement durable.
Maintien des continuités écologiques dans les massifs exploités pour l’énergie
Enfin, l’intensification des prélèvements ligneux peut fragiliser les continuités écologiques à l’échelle du paysage. Des coupes rases répétées, des pistes forestières multiples, une homogénéisation des peuplements peuvent créer un « morcellement » des habitats défavorable à de nombreuses espèces. Le maintien de corridors écologiques – ripisylves le long des cours d’eau, haies, lisières diversifiées, bandes boisées non exploitées – est donc essentiel pour permettre aux espèces de se déplacer, de coloniser de nouveaux sites et de s’adapter aux changements climatiques.
Dans les massifs fortement sollicités pour le bois énergie, une planification spatiale fine est indispensable : alterner zones de production intensive et zones de quiétude, limiter la taille des coupes, favoriser des mosaïques d’âges et d’essences. On peut comparer cette approche à celle de l’urbanisme : une ville agréable n’est pas un alignement infini d’immeubles identiques, mais un tissu varié de parcs, de places, de rues et de quartiers. De la même manière, une forêt durablement exploitée pour l’énergie doit rester un paysage vivant, complexe, accueillant pour la biodiversité autant que pour les usages humains.