Le chauffage au bois suscite aujourd’hui un intérêt croissant dans le contexte de la transition énergétique. Avec plus de 7,5 millions de foyers français équipés d’appareils de chauffage au bois, cette énergie représente désormais la première source d’énergie renouvelable thermique en France, soit environ 15% de la consommation totale de chaleur. Cette popularité s’explique par les promesses d’un bilan carbone favorable et d’une certaine autonomie énergétique. Pourtant, la réalité s’avère plus nuancée qu’il n’y paraît. Entre neutralité carbone théorique et impacts environnementaux réels, entre technologies performantes et pratiques polluantes, le chauffage au bois mérite une analyse approfondie de ses véritables implications écologiques.

Cycle carbone du bois-énergie : analyse de la neutralité carbone proclamée

Séquestration du CO2 lors de la croissance forestière et mécanismes photosynthétiques

La photosynthèse constitue le fondement de la théorie de la neutralité carbone du bois-énergie. Durant leur croissance, les arbres absorbent le dioxyde de carbone atmosphérique et le transforment en biomasse ligneuse, stockant ainsi le carbone dans leurs tissus. Un arbre mature peut séquestrer entre 10 et 50 kilogrammes de CO2 par an selon son essence, son âge et les conditions environnementales. Ce processus naturel crée un puits de carbone temporaire qui justifie, en théorie, la qualification d’énergie « neutre en carbone » attribuée au bois.

Cependant, cette séquestration ne s’effectue pas de manière uniforme. Les jeunes arbres en croissance rapide captent davantage de CO2 que les arbres matures, dont le taux de croissance ralentit. La gestion forestière influence considérablement cette capacité d’absorption : une forêt diversifiée en essences et en âges présente généralement un meilleur potentiel de séquestration qu’une monoculture intensive.

Libération du carbone stocké durant la combustion et calcul des émissions directes

La combustion du bois libère immédiatement dans l’atmosphère l’intégralité du carbone stocké pendant des décennies. Cette émission instantanée génère environ 403 grammes de CO2 par kilowattheure produit, une valeur comparable aux combustibles fossiles les plus performants. Le calcul des émissions directes révèle que le facteur d’émission total du bois s’élève à 112 000 kg de CO2 équivalent par térajoule, soit un niveau significativement élevé.

Cette réalité contredit l’image d’une énergie « propre » souvent véhiculée. Les conventions comptables internationales, notamment celles du GIEC, considèrent ces émissions comme « neutres » en soustrayant le CO2 biogénique des bilans carbone. Cette méthode comptable, bien que pratique, ne reflète pas l’impact climatique réel à court terme de la combustion du bois.

Temps de rotation forestière et impact sur l’équilibre carbone à court terme

Le décalage temporel entre émission et recapture constitue un aspect critique souvent négligé. Alors que la combustion libère instantanément le carbone stocké, sa recapture par de nouveaux arbres nécessite plusieurs décennies. Les cycles de rotation forestière s’étendent généralement sur 30 à 100 ans selon les essences, créant un déséquilibre carbone significatif

dans l’atmosphère. Autrement dit, brûler du bois aujourd’hui, c’est « emprunter » du carbone au climat pour plusieurs décennies, en pariant sur la capacité future des forêts à le réabsorber. Dans un contexte où le puits de carbone forestier français s’affaiblit depuis une dizaine d’années, ce pari devient de plus en plus risqué. Tant que la croissance forestière ralentit et que les prélèvements augmentent, la neutralité carbone du chauffage au bois reste donc davantage un objectif qu’un état de fait.

Comparaison avec les énergies fossiles : pétrole, gaz naturel et charbon

Pour évaluer l’intérêt climatique du chauffage au bois, il faut le comparer aux principales énergies fossiles utilisées pour le chauffage : gaz naturel, fioul domestique et, dans une moindre mesure en France, charbon. Si l’on ne considère que les émissions directes à la combustion, le gaz naturel émet en moyenne 227 gCO2e/kWh, le fioul autour de 324 gCO2e/kWh, tandis que le bois, en comptant le CO2 biogénique, se situe autour de 400 gCO2e/kWh. Sur ce plan strictement instantané, le bois ne semble donc pas meilleur que les combustibles fossiles, voire moins favorable que le gaz.

En revanche, si l’on adopte l’approche « cycle de vie » en neutralisant le CO2 biogénique, comme le fait l’ADEME dans ses analyses, le tableau change complètement. Les émissions de gaz à effet de serre liées au chauffage au bois (exploitation, transport, fabrication des appareils) tombent autour de 20 à 30 gCO2e/kWh, contre 200 à 400 gCO2e/kWh pour le gaz et le fioul une fois l’extraction, le raffinage et le transport pris en compte. À long terme, et sous réserve d’une gestion forestière réellement durable, remplacer une chaudière fioul ou gaz par un système bois performant réduit donc très fortement les émissions de CO2 fossile.

C’est ici que réside la principale vertu climatique du bois : il substitue un carbone « court cycle » à un carbone « long cycle » issu de gisements fossiles. On évite ainsi d’ajouter du CO2 stocké depuis des millions d’années dans l’atmosphère. Mais cette comparaison favorable ne tient que si la récolte de bois reste en deçà de l’accroissement biologique de la forêt et si l’on évite les dérives (coupes rases, importations massives de biomasse, dégradation du puits de carbone). Dans le cas contraire, le chauffage au bois risque de cumuler les inconvénients : émissions élevées à court terme, affaiblissement des forêts et bénéfice climatique réduit.

Technologies de combustion du bois et optimisation énergétique

Poêles à granulés pellet pro et rendements énergétiques supérieurs à 90%

Les progrès technologiques ont profondément transformé le chauffage au bois ces vingt dernières années. Les poêles à granulés de dernière génération – que l’on regroupe parfois sous la dénomination commerciale de gammes « Pellet Pro » chez certains fabricants – affichent désormais des rendements supérieurs à 90 %. Concrètement, cela signifie que plus de 9 kWh de chaleur sont restitués dans le logement pour 10 kWh d’énergie contenus dans les granulés, contre 50 à 60 % seulement pour un vieux poêle à bûches ou un foyer ouvert. À consommation de bois égale, on divise donc quasiment par deux la quantité de combustible nécessaire, et donc les émissions associées à la filière.

Ces performances tiennent à plusieurs facteurs : alimentation automatique en granulés calibrés, contrôle électronique de l’air de combustion, régulation de la température pièce par pièce, et gestion fine des phases d’allumage et d’extinction. Là où un insert manuel fonctionne souvent à puissance trop forte ou trop faible, un poêle à granulés moderne adapte en continu sa puissance à vos besoins réels. Résultat : une combustion plus complète, moins de particules fines, moins de monoxyde de carbone, et un confort de chauffe plus homogène. Pour un ménage qui souhaite concilier chauffage au bois et bilan carbone optimisé, le poêle à granulés performant constitue aujourd’hui l’une des options les plus intéressantes.

Chaudières à plaquettes forestières et systèmes de régulation automatisés

Pour les bâtiments de grande taille, les immeubles collectifs ou les réseaux de chaleur, les chaudières à plaquettes forestières jouent un rôle clé dans le développement du bois-énergie. Alimentées par des copeaux issus de l’exploitation forestière ou de la transformation du bois, ces installations industrielles ou semi-industrielles bénéficient de systèmes de régulation automatisés extrêmement précis. Température de l’eau, taux d’oxygène dans les fumées, vitesse d’alimentation en combustible : tout est piloté en temps réel pour maximiser le rendement et limiter les imbrûlés.

Les meilleures chaudières à plaquettes atteignent des rendements de 85 à 92 % selon les conditions d’exploitation, avec des émissions de particules drastiquement réduites lorsqu’elles sont équipées de filtres adaptés (cyclones, filtres à manches, électrofiltres). À l’échelle d’un réseau de chaleur urbain, cela permet de substituer plusieurs milliers de tonnes de gaz ou de fioul par an par une ressource renouvelable locale. L’enjeu, pour limiter l’impact climatique, est alors double : garantir un approvisionnement en plaquettes issu de forêts gérées durablement et dimensionner correctement la chaudière pour éviter les fonctionnements à charge très partielle, sources de surémissions polluantes.

Inserts et foyers fermés : réduction des émissions de particules fines PM2.5

À l’autre extrémité du spectre, de nombreux foyers français disposent encore de cheminées ouvertes, utilisées en chauffage principal ou d’agrément. Or ces équipements affichent les pires performances environnementales : rendement inférieur à 15 %, émissions massives de particules et de composés organiques volatils. Selon l’ADEME, un foyer ouvert peut émettre jusqu’à dix fois plus de PM2,5 qu’un insert fermé récent pour une même quantité de chaleur utile produite. Remplacer une cheminée ouverte par un insert ou un foyer fermé performant est donc un levier majeur de réduction de la pollution de l’air.

Les inserts modernes, lorsqu’ils sont correctement installés et alimentés avec du bois sec, atteignent des rendements de 70 à 80 % et réduisent les émissions de particules d’un facteur 5 à 30 par rapport aux anciens équipements. Ils bénéficient de systèmes de double combustion, de vitres propres et d’arrivées d’air contrôlées qui favorisent une combustion plus complète. Pour vous, cela se traduit par moins de fumée visible, moins d’encrassement des conduits, et une meilleure maîtrise de la température intérieure. Dans les zones soumises à des plans de protection de l’atmosphère, ce type de modernisation est souvent encouragé par des primes spécifiques.

Normes flamme verte et certifications environnementales européennes

Pour s’y retrouver parmi la diversité des appareils de chauffage au bois, les labels environnementaux jouent un rôle important. En France, le label Flamme Verte, soutenu par l’ADEME et les fabricants, distingue les équipements les plus performants en termes de rendement et d’émissions polluantes. Les modèles classés 7 étoiles représentent aujourd’hui le haut de gamme : rendement supérieur ou égal à 75 % pour les appareils à bûches, seuils stricts sur les émissions de monoxyde de carbone, d’oxydes d’azote et de particules fines. Choisir un appareil Flamme Verte récent, c’est donc réduire drastiquement à la fois sa consommation de bois et son impact sur la qualité de l’air.

Au niveau européen, les normes d’écoconception (Ecodesign) imposent progressivement des exigences minimales pour la mise sur le marché des poêles, inserts et chaudières biomasse. À partir de ces référentiels, de nombreux pays ont développé leurs propres systèmes de certification, parfois plus exigeants encore que Flamme Verte. Pour optimiser votre bilan carbone, il est donc recommandé de privilégier les appareils répondant à ces normes de dernière génération, et de vérifier les performances en conditions réelles dans les fiches techniques indépendantes lorsque c’est possible. Un équipement performant, bien dimensionné et bien utilisé reste le meilleur allié d’un chauffage au bois « écologique ».

Gestion forestière durable et approvisionnement en biomasse

Certification PEFC et FSC pour l’exploitation forestière responsable

Le bilan carbone du chauffage au bois dépend autant de la manière dont le bois est récolté que de la manière dont il est brûlé. C’est là qu’interviennent les certifications forestières telles que PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification) et FSC (Forest Stewardship Council). Ces labels garantissent que les bois proviennent de forêts gérées selon des critères environnementaux, sociaux et économiques stricts : respect des cycles de régénération, maintien de la biodiversité, limitation des coupes rases, consultation des parties prenantes locales. En choisissant du bois de chauffage certifié, vous contribuez à soutenir des pratiques forestières plus vertueuses.

Concrètement, la certification ne signifie pas que chaque bûche est « parfaite », mais qu’à l’échelle des massifs concernés, des règles de gestion durable sont respectées et contrôlées par des audits indépendants. Pour les granulés et les plaquettes, la traçabilité est souvent plus facile à assurer grâce à des chaînes d’approvisionnement structurées. Pour les bûches vendues en vrac, l’information est parfois plus lacunaire, mais de plus en plus de fournisseurs mettent en avant des labels PEFC ou FSC. Si vous souhaitez que votre chauffage au bois reste cohérent avec une démarche écologique globale, vérifier ces certifications est un réflexe simple et efficace.

Circuits courts d’approvisionnement et réduction de l’empreinte transport

Au-delà de la gestion forestière, la distance entre la forêt et votre poêle joue également un rôle dans le bilan carbone global. Un bois de chauffage importé de plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres, perd une partie de son avantage climatique en raison des émissions liées au transport. À l’inverse, un approvisionnement en circuits courts – par exemple dans un rayon de 50 à 100 km autour du lieu de consommation – minimise cette composante et renforce l’intérêt du bois-énergie. Dans de nombreuses régions, des filières locales structurées permettent déjà de s’approvisionner en bûches, plaquettes ou granulés produits à proximité.

On peut comparer ce choix à celui des produits alimentaires : un légume bio venu de l’autre bout du monde n’a pas le même impact qu’un légume de saison cultivé à quelques kilomètres. De la même manière, un granulé « local » issu de sciages régionaux sera généralement plus vertueux qu’un granulé importé fabriqué à partir de bois dont on maîtrise mal l’origine. Lorsque vous sélectionnez votre fournisseur, n’hésitez pas à poser quelques questions sur la provenance du bois, le type de transport utilisé (routier, fluvial, ferroviaire) et la saisonnalité de la récolte. Ces éléments, souvent négligés, peuvent faire basculer le bilan carbone du bon ou du mauvais côté.

Sylviculture intensive versus extensives : impacts sur la biodiversité

Tous les modes de gestion forestière ne se valent pas sur le plan écologique. La sylviculture intensive, fondée sur des monocultures à croissance rapide, des coupes rases fréquentes et une mécanisation lourde, permet certes de produire beaucoup de biomasse en peu de temps, mais elle fragilise les écosystèmes. Appauvrissement des sols, réduction de la biodiversité, vulnérabilité accrue aux maladies et aux sécheresses : autant de risques qui compromettent la capacité de la forêt à jouer son rôle de puits de carbone à long terme. À l’inverse, des approches plus extensives – mélange d’essences, gestion en futaie irrégulière, coupes sélectives – préservent mieux les fonctions écologiques de la forêt, même si la production de bois-énergie est un peu moindre à court terme.

Pour le chauffage au bois, cela pose une question de fond : voulons-nous maximiser la production de combustible à n’importe quel prix, ou accepter un certain plafonnement de la ressource pour préserver la santé des forêts ? De plus en plus d’experts préconisent de considérer le bois-énergie comme un sous-produit de la sylviculture orientée vers le bois d’œuvre, plutôt que comme un objectif prioritaire. Dans cette logique, les arbres de grande qualité sont valorisés en construction (où le carbone reste stocké durant des décennies), tandis que les bois de moindre valeur, les éclaircies et les rémanents sont utilisés pour l’énergie. Cette hiérarchisation des usages permet d’optimiser à la fois le stockage de carbone et la réserve de biodiversité.

Valorisation des résidus forestiers et déchets de scierie

Un des atouts majeurs du bois-énergie, lorsqu’il est bien pensé, réside dans la valorisation des résidus qui seraient autrement laissés sur place ou mis en décharge. Chutes de sciage, copeaux, écorces, branches issues d’éclaircies : une grande partie de ces sous-produits peut être transformée en granulés ou en plaquettes forestières. Sur le plan carbone, cette approche d’« économie circulaire du bois » est particulièrement intéressante, car elle ne nécessite pas d’augmenter les prélèvements sur pied. Elle permet de produire de la chaleur renouvelable à partir d’une ressource déjà mobilisée pour d’autres usages.

Il convient toutefois de trouver un équilibre. Retirer systématiquement tous les rémanents d’une parcelle, par exemple, peut appauvrir les sols en matière organique et réduire les habitats pour la faune et la flore. Les recommandations actuelles vont donc plutôt dans le sens d’une valorisation partielle, en laissant une fraction des branches et des souches sur place. Pour le consommateur, privilégier des granulés ou des plaquettes issus de co-produits de scierie ou d’éclaircies plutôt que de bois ronds dédiés est un moyen concret de soutenir cette logique de sobriété dans l’usage de la biomasse.

Analyse comparative du bilan carbone selon les combustibles bois

Granulés de bois industriels et empreinte carbone de la transformation

Les granulés de bois – ou pellets – se sont imposés comme le combustible de référence des systèmes de chauffage au bois les plus performants. Leur atout principal ? Une composition homogène, un faible taux d’humidité (autour de 8 à 10 %) et une densité énergétique élevée. Cela se traduit par une combustion plus complète, un rendement supérieur et des émissions réduites. Toutefois, cette qualité a un coût énergétique : la transformation de la sciure et des copeaux en granulés nécessite de sécher, broyer et compacter la matière, des étapes qui consomment de l’électricité et parfois des combustibles fossiles.

Les analyses de cycle de vie montrent néanmoins que, même en tenant compte de cette transformation industrielle, les granulés conservent un très bon bilan carbone. On estime ainsi que les émissions liées à la production et au transport des pellets se situent typiquement entre 20 et 40 gCO2e/kWh de chaleur produite, selon la distance parcourue et la source d’énergie utilisée pour le séchage. Pour limiter encore cet impact, il est préférable de privilégier des granulés certifiés (par exemple ENplus ou DINplus), fabriqués à partir de résidus de scierie locaux et séchés grâce à des procédés sobres (chaleur fatale, biomasse). Un poêle à granulés performant associé à une production de pellets maîtrisée constitue, dans ce cas, une des combinaisons les plus efficaces en termes de chauffage bas carbone.

Bûches traditionnelles et bois de chauffage local : impact carbone minimal

Les bûches restent le combustible bois le plus répandu dans les foyers français. Leur principal avantage, lorsqu’elles sont produites localement et correctement séchées, est leur très faible « contenu industriel » : peu de transformation, peu d’emballage, peu d’énergie grise. Sur le plan du cycle de vie, un bois bûche issu d’une forêt voisine, fendu et séché à l’air libre pendant 18 à 24 mois, présente donc un impact carbone très limité en dehors du CO2 biogénique. Pour un appareil performant (poêle, insert) et un usage maîtrisé, le couple « bûches locales + appareil récent » peut rivaliser, en termes d’empreinte, avec les systèmes aux granulés.

La grande faiblesse des bûches ne tient pas tant au combustible lui-même qu’aux conditions d’utilisation. Un bois trop humide (plus de 20 % d’humidité) entraîne une combustion incomplète, des émissions de particules multipliées et une baisse drastique du rendement. De même, un appareil ancien ou surdimensionné, fonctionnant souvent au ralenti, dégrade fortement le bilan global. Si vous optez pour les bûches, trois règles s’imposent donc pour rester dans une logique écologique : choisir un bois dur local certifié, le faire sécher longuement sous abri ventilé, et l’associer à un poêle ou un insert moderne dimensionné correctement à vos besoins.

Plaquettes forestières et optimisation logistique de la filière

Entre les bûches et les granulés, les plaquettes forestières occupent une place intermédiaire, surtout pour les chaufferies collectives ou agricoles. Elles résultent du broyage de branches, de houppiers ou de petits bois, et présentent un taux d’humidité plus élevé que les granulés (20 à 30 % en général). Leur transformation est moins énergivore que celle des pellets, mais leur densité énergétique est inférieure, ce qui implique des volumes de transport plus importants pour une même quantité de chaleur produite. L’empreinte carbone des plaquettes dépend donc fortement de l’optimisation logistique : distance entre la parcelle, la plateforme de stockage et la chaufferie, remplissage des camions, organisation des tournées.

Lorsqu’elles sont produites et consommées dans un rayon restreint, les plaquettes offrent un bon compromis entre valorisation des résidus forestiers et performance énergétique. Elles sont particulièrement pertinentes pour alimenter des réseaux de chaleur ruraux ou de petites collectivités, où elles permettent de substituer du fioul ou du propane par une ressource locale. À l’inverse, des projets reposant sur des flux massifs de plaquettes transportées sur de longues distances peuvent rapidement dégrader le bilan carbone et susciter des tensions sur la ressource. Là encore, la « juste échelle » d’utilisation du bois-énergie est déterminante.

Bois de récupération et économie circulaire du secteur construction

Enfin, le bois de récupération issu du secteur du bâtiment et des travaux publics représente un gisement non négligeable pour le chauffage au bois, dans une logique d’économie circulaire. Chutes de charpente, palettes en fin de vie, panneaux de coffrage : une partie de ces déchets peut être valorisée en énergie plutôt que d’être enfouie ou simplement broyée. Sur le papier, l’idée est séduisante : on substitue des combustibles fossiles par une biomasse déjà extraite et transformée, sans accroître les prélèvements forestiers. Toutefois, ce gisement pose un défi majeur : la présence possible de traitements, colles, peintures ou vernis qui, lors de la combustion, génèrent des polluants toxiques (métaux lourds, COV, HAP).

C’est pourquoi la combustion de bois de récupération doit être strictement encadrée, et réservée à des installations industrielles équipées de systèmes de filtration performants et conformes à la réglementation sur les émissions. Pour un usage domestique, il est fortement déconseillé de brûler des bois traités, peints ou agglomérés. Si vous souhaitez intégrer la dimension « recyclage » dans votre chauffage au bois, mieux vaut vous tourner vers des filières professionnelles certifiées qui transforment ces déchets en combustibles normés, plutôt que de les utiliser directement dans votre poêle ou votre cheminée.

Impacts environnementaux collatéraux du chauffage au bois

Au-delà du seul bilan carbone, le chauffage au bois a des impacts environnementaux collatéraux qu’il serait dangereux d’ignorer. Le premier, largement documenté, concerne la qualité de l’air. En France, le chauffage au bois résidentiel représente encore une part majeure des émissions de particules fines PM2,5, bien supérieure à celle du trafic routier dans certaines régions. Ces particules pénètrent profondément dans les voies respiratoires et sont associées à une augmentation des maladies cardiorespiratoires, des cancers du poumon et des décès prématurés. La pollution se manifeste à la fois à l’extérieur, dans les vallées peu ventilées en hiver, et à l’intérieur des logements lorsque les appareils sont mal entretenus ou utilisés.

Le second impact touche directement les écosystèmes forestiers : fragmentation des habitats, dérangement de la faune par les engins d’exploitation, compactage des sols et érosion. Une intensification mal maîtrisée de la filière bois-énergie peut conduire à des pertes de biodiversité, à une diminution de la résilience des forêts face aux aléas climatiques, et à une dégradation de leur rôle de puits de carbone. Enfin, la demande croissante en granulés et plaquettes peut accentuer la pression sur certaines régions du monde où les réglementations forestières sont moins strictes, avec des risques de déforestation indirecte ou de conversion de forêts naturelles en plantations dédiées.

Faut-il pour autant renoncer au chauffage au bois ? Pas nécessairement, mais il est crucial de replacer cette énergie dans une vision globale de la transition écologique. Un poêle à bois performant installé dans un logement bien isolé, alimenté en combustible local certifié et utilisé de manière raisonnée, n’a rien de comparable avec une chaudière biomasse surdimensionnée alimentée par des coupes rases à l’autre bout du continent. En d’autres termes, la question n’est pas seulement « bois ou pas bois », mais « quel bois, où, comment et pour quoi faire ? ». C’est en répondant à ces questions que l’on pourra minimiser les impacts collatéraux et maximiser les bénéfices climatiques.

Perspectives d’évolution et recommandations techniques pour optimiser le bilan carbone

À l’avenir, le chauffage au bois restera probablement une composante importante du mix de chaleur renouvelable en France, mais sa place devra être soigneusement calibrée. Les scénarios énergétiques les plus ambitieux misent sur une amélioration massive de la performance énergétique des bâtiments (isolation, régulation) et sur un développement accru des pompes à chaleur et du solaire thermique. Dans ce contexte, le bois-énergie trouve sa « juste place » comme solution complémentaire, en particulier dans les zones rurales ou forestières, et pour des usages collectifs bien dimensionnés. La clé pour optimiser son bilan carbone réside dans une triple exigence : sobriété, efficacité et durabilité des approvisionnements.

Sur le plan pratique, plusieurs recommandations techniques s’imposent si vous envisagez ou utilisez déjà un chauffage au bois :

  • Privilégier les appareils récents à haut rendement (poêles à granulés, inserts, chaudières biomasse) répondant aux normes Flamme Verte et Ecodesign.
  • Adapter la puissance de l’appareil à la taille et à l’isolation du logement, afin d’éviter les fonctionnements au ralenti, très émetteurs.
  • Choisir un combustible de qualité : granulés certifiés, bûches bien sèches (< 20 % d’humidité) et bois local issu de forêts gérées durablement (PEFC, FSC).
  • Entretenir régulièrement les installations (ramonage, réglages, contrôle des joints et arrivées d’air) pour maintenir les performances initiales.

Au-delà des aspects techniques, la sobriété énergétique reste le levier le plus puissant pour alléger l’empreinte carbone de votre chauffage. Abaisser légèrement la température de consigne, améliorer l’isolation, traquer les fuites d’air, installer une régulation programmable : autant de gestes qui réduisent vos besoins de chaleur, quelle que soit l’énergie utilisée. Dans un monde où chaque tonne de CO2 compte, le chauffage au bois ne peut être considéré comme une solution magique qui exonérerait de tout effort. Utilisé dans de bonnes conditions, il constitue un outil pertinent parmi d’autres pour sortir des énergies fossiles ; déployé sans discernement, il risque au contraire de fragiliser les forêts et la qualité de l’air. L’enjeu, désormais, est de faire du bois-énergie un allié exigeant de la transition, et non une fausse bonne idée.